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Le syndrome d'Asperger
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Chez les enfants plus jeunes, on observe souvent qu’ils n’utilisent pas les jouets de façon fonctionnelle, l’attention étant parfois dirigée vers une seule partie de l’objet manipulé (comme les roues d’une auto renversée). Cet objet est d’ailleurs souvent choisi en fonction de sa capacité à offrir une stimulation sensorielle de tout ordre (visuel, auditif , tactile, olfactif, gustatif ou vestibulaire). Sa manipulation entraîne généralement des comportements répétitifs comme des mouvements de rotation, que l’enfant devient d’ailleurs souvent de plus en plus habile à déclencher (faire tourner une toupie ou une pièce de monnaie par exemple). Ces activités stéréotypées peuvent aussi être produites sans l’aide d’un objet et touchent alors souvent une partie du corps (agitation rythmique de la main devant les yeux), ou le corps tout entier (balancement). Le sujet adopte également parfois des postures étranges, dans lesquelles il peut se figer pendant de longs moments.
Lorsque l’autiste grandit, la restriction de ses champs d’intérêt l’amène souvent à une grande intolérance face à tout changement dans son environnement. On assiste donc à une ritualisation des situations, toute modification des trajets ou des séquences pouvant entraîner de fortes réactions émotionnelles. On parlera alors parfois d’un mode phobo-obsessionnel, pouvant s’accompagner de manifestations d’anxiété.
La déficience mentale est une condition qui accompagne fréquemment l’autisme , puisque près de 75% d’entre eux auraient un quotient inférieur à 70 et 50% se situeraient entre 25 et 50, comparativement à moins de 3% dans la population générale. La fréquence élevée de cette double symptomatologie suggère d’ailleurs une étiologie commune que les généticiens explorent actuellement dans le but d’expliciter un bon nombre de cas. Il n’en reste pas moins que l’évaluation psychométrique de ces enfants se révèle particulièrement difficile, en raison de leur symptomatologie, ce qui peut accroître la fréquence des diagnostics de déficience mentale. De plus, le fait même que ces enfants ne puissent pas toujours bénéficier d’un programme intensif de stimulation cognitive en bas âge a de fortes chances de ralentir le développement de leur intelligence (voir .4 - approches rééducatives).
On observe par ailleurs une incidence élevée de troubles du sommeil (généralement d’insomnies) et de troubles de l’alimentation (en raison des choix d’aliments qui deviennent très restreints), troubles pouvant affecter à des degrés divers leur fonctionnement cérébral. Il existe aussi des délais marqués dans l’acquisition de la propreté, éventuellement causés par une indifférence de l’enfant à l’égard des signaux qui proviennent de son propre corps.
C’est toutefois le développement sensori-moteur qui semble le plus inhabituel chez ces enfants. Lelord (1990) a envisagé l’hypothèse d’un trouble du développement des structures nerveuses responsables du filtrage et de la modulation sensorielle, émotionnelle et posturo-motrice. Ce trouble expliquerait le caractère hypersélectif de leur attention (Loovas et al, 1971) et leurs comportements d’hypo ou d’hyper réactivité face aux stimulations extérieures. Toutes les modalités sensorielles semblent touchées et c’est la fluctuation de leurs réponses qui décrit le mieux leurs comportements. Cette difficulté à moduler les entrées sensorielles donnerait à l’expérience sensorielle un caractère très instable, ne permettant pas une bonne interprétation des perceptions. Par exemple, ils donnent l’impression de regarder à travers les gens ou les objets, comme en arrière-plan et leurs temps de fixation sont brefs. On peut donc dire que leur mode d’exploration est différent de celui des autres enfants. De plus, ils éprouveraient des difficultés à coordonner les entrées sensorielles avec la réalisation motrice. Sur le plan postural, Kohen-Raz et al (1991), en effectuant une évaluation tetra axiemétrique, ont pu constater des réponses paradoxales, les sujets offrant parfois une meilleure stabilité dans des positions particulièrement instables pour des enfants normaux. Des perturbations s’observent également dans l’acquisition de la motricité fine et globale. La latéralité semble s’établir tardivement et on noterait fréquemment une gaucherie ou une ambidextrie suggestive d’une réduction de la spécialisation hémisphérique. Cependant les 2 mains tardent longtemps à se coordonner, ce qui n’empêche pas certains sujets de réaliser des manipulations fines d’une rare précision. En motricité globale, on note souvent un ralentissement et des difficultés de démarrage du geste. Notons enfin l’étrangeté de certaines mimiques faciales, accompagnées de crispations ou d’expressions sans rapport apparent avec la situation.
Par Francine Lussier, M.Ed., M.Ps., Ph.D., directrice et neuropsychologue au CENOP
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