LA VISION ET LES PROBLÈMES D'APPRENTISSAGE
Marie-Claude
Provost,
Geneviève Provost
Optométristes
La
relation entre la vision et les problèmes d'apprentissage est étudiée
depuis de nombreuses années. Plusieurs générations d'optométristes se
sont succédé et ont présenté différentes conclusions suivant l'évolution
des recherches. Après une revue de la littérature, voici une vision actuelle
de l'optométrie au sein des problèmes d'apprentissage. Des études récentes
démontrent des anomalies des voies optiques chez les dyslexiques. Les
chercheurs (neurologues, psychologues, optométristes..) concernés par
les problèmes de la dyslexie découvrent une fenêtre qui s'ouvre sur des
recherches futures. À la lumière de ces informations, voici un survol
de l'évaluation et des traitements visuels disponibles en optométrie fonctionnelle.
Rôle de l'optométriste
L'optométriste
est un professionnel de première ligne, qui peut voir systématiquement
tous les enfants dès l'âge de trois ans. L'examen visuel de base est couvert
par la Régie de l'assurance-maladie pour les enfants (17 ans et moins).
L'importance de l'examen de base annuel est d'autant plus grande que le
dépistage scolaire de masse effectué par les infirmières a été aboli.
La responsabilité de reconnaître les signes et les symptômes des problèmes
visuels chez les lecteurs débutants incombe maintenant aux intervenants
en milieu scolaire.
Il
faut se rappeler que le lecteur débutant a tendance à utiliser davantage
les informations visuelles qu'il a sous les yeux pour identifier les mots
inconnus et que 80% de l'apprentissage de l'enfant passe par la vision.
Durant les premières années scolaires, certaines habiletés visuelles sont
plus importantes : l'enfant doit voir clair, simple, avoir des mouvements
oculaires précis et une bonne perception visuelle afin de minimiser l'effort
visuel et optimiser les gains obtenus durant l'enseignement pédagogique.
Dans un stade de lecture plus avancé, l'enfant est plus mûr, et les habiletés
visuelles laissent place aux habiletés verbales, qui prédominent alors.
Cependant, si la fonction visuelle est anormale, les signes et les symptômes
associés devront être traités par l'optométriste pour permettre une lecture
soutenue sans effort. Ainsi, le rôle de l'optométriste est d'évaluer l'ensemble
de la fonction visuelle et de traiter les anomalies visuelles pour augmenter
l'efficacité en lecture. Il permet à l'enfant dyslexique de mieux profiter
des traitements pédagogiques en diminuant l'effort visuel.
L'optométriste
est conscient que le traitement de la dyslexie doit se faire à travers
les intervenants scolaires ou spécialisés. Le temps d'intervention est
alors optimisé et la thérapeutique se déroule en synergie avec d'autres
professionnels. L'évaluation de l'analyse de l'information visuelle est
effectuée lors d'une visite spécifique puis la communication de l'ensemble
des résultats se fait à l'aide de rapports d'analyse visuelle. L'optométriste
traitera les anomalies de la fonction visuelle, s'il y a lieu. Il existe
différentes approches optométriques. Notre approche comprend l'optométrie
générale, la rééducation visuelle, l'évaluation visuo-perceptivo-motrice
et le traitement de la fonction visuelle.
Examen visuel
Voici
un survol des problèmes visuels qui peuvent affecter le dyslexique. Ces
problèmes contribuent à amplifier les difficultés du lecteur dyslexique.
Cependant aucune relation de cause à effet n'a pu être isolée. Les évaluations
se font à plusieurs niveaux. L'évaluation de l'efficacité visuelle comprend
les erreurs de réfraction, l'accommodation, la vision binoculaire et les
motilités oculaires. L'évaluation de l'analyse de l'information visuelle
comprend les habiletés visuo-spatiales, la perception visuelle et les
habiletés visuo-motrices.
1.
Evaluation de l'efficacité visuelle
La
première étape de l'évaluation est celle de l'efficacité visuelle. Une
distinction importante doit être faite entre acuité visuelle et fonction
visuelle. Un sujet myope (œil trop puissant ou trop long) d'aussi peu
que -0.75 D (dioptrie) verra son acuité visuelle chuter à 20 /30 mais
ne sera pas pour autant à risque d'avoir des problèmes en lecture. Au
contraire, les myopes statistiquement semblent de meilleurs lecteurs.
Dans
la littérature, deux états réfractifs sont plus fréquemment mis en relation
avec les problèmes de lecture soit l'hypermétropie et l'anisométropie.
Pour sa part, l'hypermétrope (puissance trop faible ou œil trop court)
peut garder une vision claire par le mécanisme de l'accommodation. L'enfant
n'est pas nécessairement conscient qu'il force ses yeux. Il peut se plaindre
de vision fluctuante, de vision embrouillée, de céphalées frontales, de
yeux qui fatiguent, il peut aussi se frotter les yeux, quitter la tâche
ou perdre sa concentration. Un sujet hypermétrope non-corrigé de +3.00
D pourrait avoir une acuité visuelle normalisée de 20/20, et devra malgré
tout, déployer une accommodation de +5.50 D en lecture. Il est beaucoup
plus à risque d'avoir une vitesse de lecture diminuée. La correction de
l'hypermétropie permet de diminuer l'effort visuel afin de mieux utiliser
l'attention pour le décodage et la compréhension de texte. Dans les études,
la prévalence de l'hypermétropie est plus élevée chez les lecteurs lents.Nous
avons donc tendance à corriger pour des montants plus faibles d'hypermétropie
chez les enfants ayant des problèmes d'apprentissage que chez les autres
enfants. Heureusement, l'hypermétropie a tendance à diminuer avec l'âge,
le besoin d'une correction se fera donc sentir surtout durant les premières
années scolaires.
Nous
pouvons aussi retrouver une inégalité de l'amétropie (puissance de l'œil)
entre les deux yeux (anisométropie). Si cette différence est de plus de
1.00D, les études démontrent l'importance de la corriger pour stabiliser
la fusion entre les deux yeux et pour aider au confort en lecture. En
effet, il semble que les gains en lecture obtenus suite à un traitement
pédagogique aient été supérieurs lorsque celui-ci était combiné à une
correction optique de l'anisométropie.
Le
sujet astigmate a un œil dont la puissance est différente d'un méridien
à l'autre. Il a souvent une acuité visuelle normale pour de faibles montants
d'astigmatisme. La correction diminue l'effort de focalisation. La faible
prévalence de l'astigmatisme élevé n'a pas permis aux chercheurs de démontrer
de liens possibles avec le mécanisme de la lecture. En clinique, l'analyse
des différents tests oriente l'optométriste dans sa prescription.
L'accommodation
est le mécanisme de focalisation de près et est constamment sollicitée
durant la lecture (accommodation d'environ 2.50D à la lecture lorsque
l'erreur de réfraction est corrigée). Les anomalies de l'accommodation
touchent sa précision, sa puissance, sa flexibilité et sa relation avec
la convergence. Les signes et les symptômes d'anomalies de l'accommodation
sont les suivants : fluctuation de la vision de près, embrouillement lors
de changements de fixation de la vision de près à la vision de loin (ou
vice-versa), céphalées ou asthénopies (yeux qui brûlent, qui piquent...).
Suivant certaines études, les désordres de l'accommodation sont plus fréquents
chez les lecteurs lents. L'entraînement de l'accommodation peut se faire
à l'aide d'exercices de push-up accommodatifs soit monoculaires ou binoculaires.
La prescription de lentilles positives diminue la demande accommodative
et peut être suggérée sous forme d'addition (double-foyer) ou de lunettes
de lecture. La correction en lecture, en plus de diminuer l'effort accommodatif,
augmente la grosseur des lettres, la distance de lecture et contrôle les
ésodéviations.
La
vision binoculaire normale est aussi très importante pour atteindre une
efficacité visuelle supérieure. Une bonne coordination entre les deux
yeux permet une vision claire, simple, confortable et stable. Elle aide
la concentration et l'attention durant les longues périodes de travaux
pédagogiques. Les instabilités de la vision binoculaire peuvent créer
une déviation oculaire et peuvent provoquer les symptômes suivants: la
vision double, des enchevêtrements des lettres ou de mots, des sauts de
mots ou de lettres, des yeux qui tirent, des céphalées frontales et des
asthénopies. Les instabilités binoculaires rendent la lecture plus difficile.
On
peut mettre en évidence l'implication de la vision binoculaire par des
études qui démontrent que la lecture des sujets ayant des problèmes de
vision binoculaire est améliorée à la suite de l'occlusion d'un œil. En
plus, certaines études indiquent une augmentation de l'incidence des problèmes
de vision binoculaire chez les lecteurs lents, par contre d'autres infirment
cette association. À la suite d'études spécifiques, cernant certains problèmes
de vision binoculaire, la relation entre la performance en lecture et
trois anomalies spécifiques de la vision binoculaire a été établie. Ces
anomalies démontrent toutes une faiblesse à la convergence. La convergence
est le mouvement que font les yeux lorsqu'ils tournent tous les deux vers
l'intérieur (vers le nez). Ce mouvement est constamment sollicité durant
la lecture. Les trois problèmes les plus fréquents en terme d'incidence
sont : l'exophorie en vision de près ( une déviation maintenue latente
grâce aux réserves fusionnelles en convergence ), les faibles réserves
en convergence en vision de près ( faiblesse musculaire avec instabilité
de fusion) et l'insuffisance de convergence ( les yeux qui ne peuvent
converger à une distance plus courte que 7 cm). Que ces conditions soient
associées à des problèmes d'apprentissage ou non, les traitements de rééducation
visuelles seront entrepris pour stabiliser la vision. Les lecteurs lents
en bénéficieront sans doute davantage connaissant la demande visuelle
accrue à laquelle ils font face. Dans ces anomalies bien spécifiques,
le traitement de rééducation visuelle augmentera les réserves fusionnelles,
l'amplitude de convergence, la relation accommodation-convergence pour
permettre à l'enfant dyslexique de mieux profiter du traitement pédagogique
en lecture.
Parlons
maintenant des mouvements oculaires et de la lecture. Chez un lecteur
normal, les fixations sont peu nombreuses et de courte durée (250msec),
l'empan de reconnaissance est de 6 à 8 caractères, il y a de longues saccades
( sauts de 8 caractères environ ) et peu de régressions (10 à 20 % des
saccades). Par contre, chez un lecteur dyslexique, les mouvements oculaires
sont anormaux. Les fixations sont nombreuses et de plus longue durée (ex
: 330 msec), la longueur des saccades est courte et l'empan de reconnaissance
est inférieur à 3-4 caractères.
Le
traitement des mouvements oculaires est possible. Par exemple, les étapes
du traitement peuvent débuter avec la précision des saccades grossières,
puis des saccades plus courtes et se finaliser en augmentant la vitesse.
Il permet de minimiser les erreurs de position des yeux, d'entraîner l'enfant
à mieux se concentrer et d'augmenter son attention visuelle. Certaines
études ont mis en évidence des effets positifs du traitement des mouvements
oculaires sur la durée des fixations, le nombre de régressions, sur la
vitesse et la compréhension durant la lecture.
Les
mauvais mouvements oculaires peuvent aussi résulter de difficulté de décodage
ou d'attention. Pour distinguer la nature causale ou secondaire des troubles
de motilités oculaires dans les difficultés de lecture, différents types
d'expérimentations ont été menées. Par exemple, certains chercheurs ont
isolé des problèmes de saccades chez les lecteurs lents à travers des
séquences de points n'utilisant en rien le décodage. Le but principal
de l'entraînement des saccades est de maximiser le programme d'entraînement
de la lecture en normalisant les anomalies primaires des mouvements oculaires.
L'efficacité
du traitement de l'accommodation, de la vision binoculaire, des mouvements
oculaires a été prouvée par plusieurs études. Les anomalies peuvent être
traitées dans la majorité des cas. Les exercices se font à la maison (30
minutes/jour ), le suivi au bureau à toutes les 2-3 semaines. Les traitements
sont de courte durée (quelques mois). Cette première portion du traitement
augmente l'efficacité visuelle.
2.
Evaluation de l'analyse de l'information visuelle
La
deuxième partie de l'évaluation concerne l'analyse de l'information visuelle.
Les habiletés visuo-perceptivo-motrices nous aident à avoir un portrait
global de la sévérité des problèmes d'entrées visuelles. Ce champ est
pratiqué conjointement avec d'autres professionnels. Nous évaluons les
habiletés visuo-spatiales : la bilatéralité, la latéralité, la directionalité,
puis l'analyse du traitement de l'information visuelle c'est-à-dire la
perception visuelle. Elle comprend la discrimination visuelle, la relation
visuo-spatiale, la constance de la forme, la mémoire visuelle, la mémoire
visuelle séquentielle, la figure-fond, le " visual closure ". Finalement,
nous évaluons l'habileté visuo-motrice et donnons des conseils d'ergonomie.
La majorité de l'évaluation se fait à partir de tests standardisés. Nous
cherchons à comprendre l'apprentissage de l'enfant à partir de son entrée
visuelle et à cerner les ralentisseurs possibles.
La
latéralité se développe en premier et prépare le concept de directionalité.
La discrimination visuelle, la mémoire visuelle et la figure-fond sont
les habiletés les plus souvent retenues dans la littérature lorsqu'on
parle de la prévalence des faiblesses de perception chez les dyslexiques.
Certains chercheurs soulignent que l'habileté visuo-spatiale en dehors
de la lecture est plus développée chez les dyslexiques et nous pouvons
le remarquer à travers leur grande force spatiale mathématique.
L'enfant
éprouvant des faiblesses de discrimination visuelle peut avoir de la difficulté
à apprendre et reconnaître des lettres, des chiffres et des similitudes
ou différences subtiles dans les mots. Les problèmes de relation visuo-spatiale
peuvent affecter le jugement de directionalité, ce qui pourrait chez certains
individus rendre plus difficile l'identification des erreurs d'inversion.
La
mémoire visuelle à court terme est directement impliquée au niveau des
mots-étiquettes en lecture globale. Les anomalies de la mémoire séquentielle
peuvent se refléter dans les erreurs d'épellation . La figure-fond est
celle qui permet d'attirer l'attention de l'enfant sur une caractéristique
spécifique ou une forme en gardant une conscience de sa relation avec
les informations à l'arrière-plan. L'enfant qui a de la difficulté avec
la figure-fond pourra apprendre plus facilement les lettres une à une
contrairement à celles incorporées dans un mot. La " visual closure "
permet à l'enfant de déterminer l'ensemble du stimulus par des indices
visuels qui ne dévoilent pas tous les détails. En lecture, cette habileté
nous permet de percevoir un mot entier que nous n'avons vu qu'en partie.
Il faut noter que de développer la discrimination visuelle et la perception
de la figure-fond, nous aide à améliorer nos habiletés de " visual closure
".
Le
traitement de ces habiletés ne peut d'une façon isolée aider le dyslexique.
Il doit toujours être combiné à un programme de traitement pédagogique
et si nécessaire à un entraînement de la fonction visuelle. La stimulation
de ces habiletés donne à l'enfant la conscience des éléments visuels à
observer et lui permet de développer des stratégies. Mais particulièrement
en ce qui concerne les faiblesses importantes de la mémoire visuelle,
les tests d'évaluation permettent d'orienter les programmes d'apprentissage
de la lecture, afin de contourner cette faiblesse grâce à d'autres approches
multi-sensorielles.
L'intégration
visuo-motrice est l'habileté à intégrer la vision avec le système moteur.
Elle nous permet de reproduire une forme complexe en intégrant la vision
avec la motricité fine. Pour l'évaluation, nous utilisons des tests standardisés
de copie de formes. Il existe quatre niveaux d'entraînement de l'habileté
visuo-motrice. Premièrement, nous entraînons la coordination générale
de l'œil et de la main. Nous développons ensuite l'efficacité visuo-motrice
en optimisant l'ergonomie. Puis, nous augmentons l'efficacité et la rapidité
du contrôle de la motricité fine à l'aide de la vision (repères, visualisation,
etc.). Finalement, nous développons l'habileté visuelle à guider l'action
motrice en vue de reproduire des formes de plus en plus complexes.
L'intégration
de la perception, de la capacité de reproduction des formes simples à
complexes, et de l'organisation spatiale sont d'autres étapes à franchir.
Pour notre part, nous avons tendance à référer en ergothérapie les problèmes
importants de motricité globale ou fine.
3.
Autres tests
Un
test supplémentaire que peut utiliser l'optométriste dans son évaluation
est le test de dépistage de dyslexie de Griffin (Test of Dyslexia Screening).
Il s'agit d'un test qui a été conçu pour les optométristes en pratique
privée. Il ne permet pas à l'optométriste de faire un diagnostic de dyslexie
mais l'aide à situer la sévérité du problème en lecture, à comprendre
le mode de lecture.
Test de dépistage
de dyslexie de Griffin (1987)
La
forme dyseidétique (visuelle) est l'anomalie de la perception du mot dans
son ensemble (eidétique). Elle est une forme héréditaire autosomique dominante
et est la plus difficile à traiter. Elle affecte la vitesse de décodage
du mot, le décodage est phonétique, les fixations sont longues et les
saccades sont plus courtes. Nous retrouvons des erreurs d'épellation.
L'enfant écrit le mot comme il se prononce. La dysfonction cérébrale minime
se situerait dans le fonctionnement du gyrus angulaire (gauche) du lobe
pariétal (chez un droitier). Dans cette forme, des études démontrent des
anomalies des mouvements oculaires qui sont constantes quel que soit le
niveau de difficulté de texte et qui se retrouvent même avec des cibles
non linguistiques.
La
forme dysphonétique (auditive) est une anomalie qui se rencontre dans
la lecture syllabique (phonétique). Cette difficulté se situe dans le
mot d'attaque, dans l'intégration du son-symbole et amène des erreurs
phonétiques. Cette forme est plus facilement traitable. La médiation de
l'aire Wernicke du lobe temporal gauche et du lobe pariétal (chez le droitier)
est requise pour l'analyse phonétique. Ce dyslexique décode plus facilement
de façon globale les mots connus et fait des erreurs phonétiques d'épellation.
S'il rencontre un mot inconnu, il a tendance à utiliser des indices du
contexte pour faire des substitutions. Il décode lentement. Cette forme
est plus associée aux problèmes de linguistique et auditifs.
La
forme dysnemkinésique (motrice) est l'anomalie de la mémoire motrice de
la formation des lettres. Elle est la plus facile à traiter. Ce processus
linguistique est associé au cortex moteur de l'hémisphère gauche du lobe
frontal (chez le droitier). Dans cette forme nous rencontrons une fréquence
plus élevée d'inversions de lettres.
La
forme mixte: est une combinaison de la forme dyseidétique et dysphonétique.
Elle a une grande corrélation avec les déficiences des mouvements oculaires
en clinique d'après Griffin. La majorité des dyslexiques possède les deux
formes. La dyslexie est donc hétérogène. Chaque personne a une atteinte
bien spécifique à elle.
Recherches
récentes
1-
Déficit des cellules magnocellulaires chez les dyslexiques
L'intégration
de deux voies visuelles parallèles serait impliquée dans le processus
de la lecture. Les deux voies visuelles sont le système transitoire (cellules
magnocellulaires) et le système continu (cellules parvocellulaires). On
retrouve aussi dans la littérature, une autre façon de les nommer: système
temporel (magnocellulaire) et système spatial ( parvocellulaire). Chacun
des deux systèmes a été identifié par des expériences psychophysiques
basées sur l'anatomie et la physiologie des voies visuelles.
Chez
certains dyslexiques, les cellules magnocellulaires sont plus petites
par rapport aux sujets normaux (études anatomiques). Les études psychométriques
démontrent que 75% des dyslexiques possèdent le portrait des anomalies
des cellules magnocellulaires (déficit du système transitoire) Certains
auteurs parlent d'anomalies de synchronisation entre les 2 systèmes: continu
et transitoire. Il en résulte une persistance de l'information visuelle
de la fixation précédente et une superposition des inputs visuels. Ce
phénomène est susceptible de ne pas effacer l'information visuelle antérieure
et de causer une imprécision de l'information visuelle présente. Ce défaut
du processus de l'information temporelle semble avoir un effet sur la
vitesse de lecture. Ce qui suggère qu'un des problèmes des dyslexiques
se situerait au début du processus de la lecture. Ce défaut de l'input
visuel dans le premier relais de la vision ( corps genouillé latéral )
est situé à un bas niveau de l'entrée de l'information visuelle, bien
avant le niveau cognitif chez le lecteur lent.
2-Filtres
colorées
L'utilisation
d'un filtre coloré en lecture a été découverte et mise en marché par Helen
Irlen, psychologue(1980). Les centres d'Irlen sont bien répandus à travers
l'Australie, l'Angleterre et les E.U. Les filtres ou les lentilles d'Irlen
sont utilisés pour augmenter le confort et la performance en lecture.
L'évaluation est longue (150 filtres possibles) et coûteuse. Les filtres
s'adressent à des lecteurs qui ressentent une anomalie de la perception
visuelle appelé le " Scotopic Sensitivity Syndrome " (SSS). Les distorsions
visuelles et la forte sensibilité à la lumière ressenties provoquent les
symptômes suivants : trop grande brillance du fond, mots manquants ou
sombres, lignes à travers le texte, lettres qui bougent, qui se soulèvent...
Des symptômes visuels peuvent s'ajouter : embrouillement, diplopie, yeux
qui larmoient, yeux rouges, maux de tête à la lecture, lecteur plisse
les yeux, saute des mots, suit le texte avec son doigt, distance de lecture
rapprochée, fatigue visuelle, problèmes de concentration ou d'attention...
Certains optométristes ont critiqué le manque de preuves scientifiques
et s'interrogent sur l'origine des symptômes visuels. Une recherche a
démontré que 95% des sujets souffrant de SSS ont de façon significative
des anomalies de la fonction visuelle. S'agit-il de problèmes de la fonction
visuelle: d'accommodation, de vision binoculaire.... Ils proposent une
évaluation complète en optométrie et des traitements d'efficacité visuelle
si nécessaire...Malgré tout, certains ont trouvé que l'utilisation d'acétates
colorés bleus ou le simple fait de réduire le contraste du matériel (ex
: éclairage tamisé, varier la couleur des feuilles) pouvaient être des
conseils pratiques et peu dispendieux pour produire des effets mesurables
et définis.
Les
filtres colorés ont piqué la curiosité des chercheurs et plusieurs ont
étudié leurs effets sur le traitement de l'information visuelle. Les filtres
bleus amplifient la réponse du système transitoire et aident à rétablir
la synchronisation avec le système continu (aident la lecture chez 75%
des dyslexiques et aident aussi chez le lecteur normal). Les filtres gris
léger ou le verre dépoli diminuent le contraste et ralentissent ainsi
le système continu (aident seulement le dyslexique). Le filtre rouge ralentit
le système transitoire et nuit à la majorité des lecteurs en créant ou
en amplifiant le délai entre les deux systèmes. Une autre étude par Harold
Solan, optométriste et chercheur à l 'Université de New York, a étudié
en 1998, l'effet des filtres bleus sur l'efficacité en lecture. Son étude
mettait en relation les mouvements oculaires et la performance en lecture
de deux groupes d'enfants de 10 ans. Les lecteurs lents ont vu leurs mouvements
oculaires se normaliser et leur compréhension en lecture s'améliorer de
45% dans 87% des cas avec l'utilisation du filtre bleu (moins de régressions,
fixations plus courtes..). Nous pouvons penser qu'il y a un lien entre
l'amélioration des mouvements oculaires et la stimulation du système transitoire
qui est d'après les recherches un des responsable de l'efficacité des
mouvements oculaires.
3-Champs
visuels périphériques et la lecture
Nous
voulons vous présenter un autre sujet de recherche. Deux études sur le
champ visuel périphérique et la lecture ont été effectuées au Québec par
Jean-Yves Dionne optométriste. La première étude compare la mesure du
champ visuel périphérique chez des lecteurs normaux et des lecteurs lents
de 1ère année. Elle conclut que le lecteur lent a un champ visuel périphérique
plus petit. Ce phénomène ressemble à celui de la vision en tunnel retrouvée
lors de situations de stress et d'anxiété. Cette situation est réversible
et probablement provoquée par une surcharge d'information visuelle. Dans
la seconde étude, on analyse l'influence de l'étendue du champ visuel
périphérique sur la vitesse de lecture chez des élèves de 4e année. On
trouve une corrélation positive et significative entre l'étendue du champ
visuel périphérique, la vitesse de lecture et le rendement en lecture
On ne démontre, par contre, aucun changement au niveau de la compréhension
de texte en fonction du champ visuel périphérique.
Il
faut retenir que l'optométrie est une pratique de première ligne. La première
visite de l'enfant chez l'optométriste se fait souvent bien avant l'école.
Les habiletés visuelles sont importantes chez le lecteur débutant. L'hypermétropie,
l'astigmatisme, l'accommodation, la vision binoculaire, les motilités
oculaires et l'analyse de l'information visuelle sont à considérer pour
optimiser l'efficacité visuelle. Il est donc important de s'assurer que
tous les enfants en difficulté d'apprentissage ont eu une évaluation optométrique
approfondie. La liste des signes et symptômes des problèmes visuels pourra
être un outil pratique à utiliser.
L
'approche multidisciplinaire permet à l'enfant de mettre toutes les chances
de son côté.
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