CENTRE
D'ÉVALUATION NEUROPSYCHOLOGIQUE
ET D'ORIENTATION PÉDAGOGIQUE FL

DOCUMENTATION


TROUBLES AUDITIFS CENTRAUX ET DYSLEXIE :
LIEN OU RIEN ?

Tony Leroux, Ph.D.,

Professeur adjoint
École d'orthophonie et d'audiologie
Faculté de médecine, Université de Montréal

Le système auditif central permet d'analyser la tonalité, la force et la durée d'un son, de distinguer un son parmi d'autres, de mettre dans un ordre approprié une séquence de sons, d'être attentif à une particularité sonore pour la reconnaître comme familière, d'identifier la provenance d'un son et aussi d'en comprendre sa signification. Toutes ces fonctions, que nous exécutons sans véritablement nous en rendre compte, relèvent du système auditif central. Le système auditif central est également intégré aux autres fonctions du cerveau que sont le langage, la mémoire et la capacité d'apprendre.

Un trouble auditif central (TAC) réfère à une incapacité ou à un ensemble d'incapacités au niveau de l'organisation, de l'intégration et de l'interprétation de l'information auditive. Ces incapacités entraînent des difficultés d'écoute sélective et de compréhension du message auditif. En général, les difficultés seront plus marquées lorsque l'environnement sonore est bruyant ou lorsque le message auditif est complexe, long, rapide ou nouveau pour l'enfant. Des difficultés à reconnaître des mots qui se ressemblent, du mal à apprendre et retenir des séquences sonores (comptines, numéros de téléphone), des difficultés à organiser les séquences auditives (inversion de syllabes dans les mots plus longs) ou une inattention spécifique aux informations auditives sont également des manifestations d'un TAC. Ces comportements ne se présentent pas nécessairement chez tous les enfants présentant un TAC. Il existe une famille de troubles auditifs centraux dont l'expression variera d'un enfant à l'autre.

Un enfant peut présenter des difficultés à différencier auditivement les sons qui se ressemblent. Par conséquent, il peut éprouver de la difficulté à épeler, à lire et à écrire. Ces apprentissages de base nécessitent l'association d'une information auditive avec un symbole graphique. Si le traitement auditif est inadéquat, l'association avec le symbole graphique risque aussi d'être compromise. Bien qu'un problème auditif à créer le lien phonème-graphème puisse empiriquement expliquer le comportement dyslexique, l'examen attentif de la littérature montre que ce lien ne peut être fait aussi nettement.

La dyslexie peut être vue comme un problème lié à la structure même du cerveau ou encore aux fonctions qui sont supportées par celui-ci. Des méthodes d'investigation psychoacoustiques, électrophysiologiques et d'imagerie fonctionnelle par résonance magnétique permettent d'étudier soit la fonction ou la structure des zones auditives du cerveau. En utilisant ces techniques, diverses capacités auditives centrales ont été examinées chez des enfants et des adultes dyslexiques : l'écoute dichotique de segments de parole, la résolution fréquentielle, la détection de silence, le démasquage binaural et la ségrégation d'un flux auditif.

Les résultats apportés par ces méthodes d'investigation montrent souvent des différences entre les groupes contrôle et dyslexique. Les différences observées entre les 2 groupes impliquent la plupart du temps les fonctions supportées par le lobe temporal, siège de la plupart des fonctions auditives. Toutefois, ces différences sont souvent minimes au niveau fonctionnel et, dans la plupart des cas, non-significatives au niveau statistique. Au niveau structurel toutefois, les différences sont plus marquées entre les groupes contrôle et dyslexique et très largement significatives sur le plan statistique. Cette contribution importante, ne permet toutefois pas d'interpréter la signification fonctionnelle de cette différence structurelle. Les données structurelles et fonctionnelles ne semblent pas complètement conciliables mais, ensemble, semble pointer vers une coexistence probable des troubles auditifs centraux et de la dyslexie. La question de l'origine strictement auditive de la dyslexie demeure encore ouverte.

QUELQUES REFERENCES IMPORTANTES :

Hugdahl, K. et coll (1998) Scandinavian Audiology, vol. 27, supp. 49, pp. 26-34.

Helenius, P. et coll (1999) Brain, 122(5), pp. 907-913.

Hill, N.I. et coll (1999) Journal of the Acoustical Society of America, 106(6), pp. L53-L58.