CENTRE
D'ÉVALUATION NEUROPSYCHOLOGIQUE
ET D'ORIENTATION PÉDAGOGIQUE FL

DOCUMENTATION


PANEL DE RECHERCHES UNIVERSITAIRES MÉMOIRE DE TRAVAIL ET LECTURE

Geneviève Duchesne

Étudiante au doctorat en neuropsychologie

La lecture est une activité complexe qui nécessite l'acquisition de nombreuses habiletés cognitives et linguistiques, dont la mémoire de travail. Cette mémoire joue un rôle tant sur le plan du décodage que de la compréhension en lecture. Elle assisterait l'apprenti-lecteur lorsqu'il tente de lire un mot nouveau. En effet, le décodage en lecture étant séquentiel, du moins en français, la mémoire de travail permettrait de maintenir chacun des phonèmes décodés avant l'assemblage final. De même, chez le lecteur habile, la mémoire de travail joue un rôle critique en compréhension, car elle permet de maintenir en mémoire les résultats du traitement que fait le lecteur pendant qu'il construit et intègre les idées tirées du flot successif de mots lus dans le texte.

La mémoire de travail est un système impliqué dans le maintien à court-terme et le traitement de l'information, et dont la capacité et la durée sont limitées. Avec l'âge, le développement de cette mémoire se caractérise par une augmentation de l'empan mnésique. L'empan verbal réflète la capacité de la mémoire de travail et correspond à la plus longue série d'items (comme des chiffres, des lettres, des mots ou des non-mots) qu'un sujet peut immédiatement rappeler en respectant l'ordre de la présentation. Ainsi, à 4 ans, l'empan correspond en moyenne à trois chiffres et augmentera graduellement à avec l'âge de l'enfant

Plusieurs auteurs ont élaboré des modèles théoriques afin de préciser le fonctionnement de la mémoire de travail; celui définit par Baddeley (1986) est un des plus connus (Voir Annexe1). Ainsi, selon cet auteur, la mémoire de travail se divise en trois composantes : un système de gestion des ressources attentionnelles, l'administrateur central, et deux systèmes esclaves permettant le maintien d'informations verbales et non-verbales, la boucle phonologique et le registre visuo-spatial respectivement.

De façon plus spéfique, la boucle phonologique est subdivisée en deux systèmes : le stock phonologique qui est responsable du maintien de l'information sous un code phonologique et l'autorépétition subvocale qui a pour fonctions de rafraîchir l'information contenue dans le stock phonologique et de permettre à l'information visuo-verbale d'accéder au stock (Voir Annexe2). Chez l'enfant, c'est l'autorépétition subvocale qui se développerait et permettrait d'augmenter la capacité de la mémoire de travail verbale. La façon dont l'autorépétition subvocale se développe reste encore à être spécifiée dans les recherches même si plusieurs hypothèses ont été avancées pour l'expliquer. Il a cependant été démontré qu'il est possible d'augmenter l'empan d'un jeune enfant en lui enseignant explicitement la stratégie d'autorépétition. Cet enseignement pourrait ainsi possiblement constituer une méthode de réadapation.

Par ailleurs, la relation étroite qu'il y a entre la mémoire de travail et les habiletés de lecture a été grandement étudiée depuis plus de vingt ans. Entre autres, de nombreuses études corrélationnelles ont montré que la capacité de la mémoire de travail, mesurée chez des prélettrés, peut prédire les habiletés ultérieures de lecture. De plus, il est connu que les mauvais lecteurs ont généralement de moins bons résultats que les bons lecteurs à des tâches de mémoire de travail. En outre, plusieurs recherches indiquent que le déficit observé est spécifique au matériel verbal. D'autres études sont toujours nécessaires afin de mieux comprendre l'implication de la mémoire de travail dans la lecture.

RÉFÉRENCES :

Baddeley, A.D. (1986).
Working Memory. New-York : Oxford University Press.

Gillet, P., Billard, C. et Autret, A. (1996).
La mémoire phonologique à court-terme : aspects neuropsychologiques et développementaux de la " boucle phonologique ". Revue de Neuropsychologie, 6 (1),
5-51.

Just, M.A. et Carpenter, P.A. (1992).
A capacity theory of comprehension : individual differences in working memory. Psychological Review, 99(1), 122-149.