DÉFICIT DU TRAITEMENT TEMPOREL DANS LA DYSLEXIE : MISE EN ÉVIDENCE ET
APPLICATIONS THÉRAPEUTIQUES.
Michel Habib
Neurologue
Professeur agrégé de clinique
Université de Montréal
Les
mécanismes physiopathologiques de la dyslexie restent encore mal connus.
La piste la mieux explorée jusqu'à présent est celle du trouble de la
conscience phonologique, définie comme la capacité à différencier, conserver
en mémoire, et à manipuler les sons dont se composent les mots parlés.
D'autres recherches encore ont mis en évidence des troubles du traitement
visuel périphérique chez les dyslexiques, comme la difficulté à percevoir
des stimuli visuels à faible contraste et marqués par des variations rapides.
Selon
certains chercheurs, ces différents troubles trouveraient tous leur origine
dans un même et unique déficit de base affectant le traitement temporel
des données sensorielles par le cerveau. Le cerveau de l'enfant dyslexique
se montrerait fondamentalement incapable de traiter des stimuli caractérisés
par des variations rapides. Tallal et ses collaborateurs (1973-1996) ont
ainsi fait apparaître que des enfants présentant des troubles de l'apprentissage
du langage (LLI ou Language Learning Impairment) ont davantage de difficultés
que des enfants témoins du même âge lorsqu'il leur est demandé de différencier
et de reproduire l'ordre dans lequel se succèdent deux sons non-verbaux.
Selon Tallal, les problèmes de ces enfants proviendraient ainsi de leur
incapacité à percevoir les variations rapides dans le signal de parole,
et en particulier les transitions de formant, dont la durée peut ne pas
dépasser quelques dizaines de millisecondes.
Récemment,
la théorie du déficit temporel a fait naître un espoir considérable dans
le domaine du traitement de ces enfants à la suite de la publication par
Merzenich et collaborateurs (1996) en collaboration avec Tallal et al.
(1996) de l'efficacité d'une méthode d'entraînement intensif visant à
adapter progressivement le système perceptif d'enfants souffrant de troubles
d'acquisition du langage (LLI) par des exercices quotidiens d'écoute de
matériel acoustiquement modifié dans le sens d'un allongement de la durée
du signal. Plus précisément, le principe crucial de la modification consistait
à étirer le signal acoustique proportionnellement à l'accentuation des
parties les plus rapides (transitions formantiques) et à proposer à l'enfant
la pratique quotidienne pendant environ une heure sur plusieurs semaines
de jeux vidéo dont la composante auditive comportait un tel matériel et
impliquant principalement la discrimination ou le jugement d'ordre de
deux sons ou phonèmes. Les résultats, bien que spectaculaires, ont été
vivement critiqués sur deux points principaux : la validité de la théorie
sous-jacente et la population étudiée. Par exemple, Mody et al. (1997)
ont mis en doute la validité de tels résultats en produisant des résultats
négatifs sur des tâches destinées à mettre en évidence le trouble du traitement
temporel de la parole chez le dyslexique, un résultat lui-même contesté
plus récemment (Denenberg, 1999). Mais les doutes les plus problématiques
émis quant aux résultats de l'équipe américaine tiennent à leur caractère
généralisable ou non à une population de dyslexiques purs. En effet, contrairement
aux affirmations de l'importante médiatisation qui a suivi ces publications
initiales, aucune certitude ne pouvait être avancée au décours de ces
premières études sur l'efficacité éventuelle d'une telle méthode chez
des enfants dyslexiques, au sens le plus commun du terme, c'est à dire
n'ayant pas présenté au préalable de déficit évident de l'acquisition
du langage oral.
La
propre contribution de notre équipe à cette problématique a porté sur
deux axes parallèlement :
-
Un axe de recherche fondamentale visant à évaluer en particulier les liens
entre traitement temporel, trouble de discrimination phonétique et trouble
métaphonologique
- Un axe de recherche thérapeutique destiné à tester l'efficacité d'une
méthode inspirée de celle utilisée par l'équipe américaine sus-citée mais
focalisée sur l'entraînement de la conscience phonologique et sur une
population de dyslexiques purs
Les
principaux résultats de ces différentes études seront présentés.
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