CENTRE
D'ÉVALUATION NEUROPSYCHOLOGIQUE
ET D'ORIENTATION PÉDAGOGIQUE FL

DOCUMENTATION


CERVEAU ET DYSLEXIE: RECENTES DECOUVERTES EN NEUROANATOMIE, PSYCHOPHYSIOLOGIE ET NEUROPSYCHOLOGIE

Sylvie Daigneault, Ph.D.

Neuropsychologue
Département de Psychologie
Hôpital de Montréal pour enfants

Le but des études neuroanatomiques (analyses microscopiques et macroscopiques du cerveau), psychophysiologiques (IRMf, P.É., TAÉP) et neuropsychologiques (performances à diverses tâches comme l'écoute dichotique) auprès d'enfants, adolescents ou adultes avec une dyslexie développementale (DD), comparés à des sujets contrôles, est de comprendre les causes, l'origine, la nature de la DD.

On peut parler de 3 modèles dominants de la DD qui sont soumis à ces études : 1.Trouble phonologique (discrimination phonologique, conscience phonologique et opération sur des données phonologiques), 2. Trouble du traitement visuel (voie magnocellulaire) et 3. Trouble de la vitesse de traitement de l'information (verbale auditive et visuelle). Ces modèles sont supportés et parfois remis en question par diverses données neuroanatomiques (Kauffman et Galaburda, 1989; Levingstone et al, 1991; Hugdahl, 1998; Larsen et al , 1990; Habib, 2000; Rumsey et al, 1997; Kushch et al, 1993), psychophysiologiques ( Leppanen et al, 1999; Hugdahl et al, 1998; Habib, 2000; Rumsey et al, 1999; Georgiewa et al, 1999; Dalby et al, 1998) et neuropsychologiques (Heath et al, 1999; Vidyasagar et al, 1999; Hugdahl et al, 1998; Cohen et al, 1992; McPherson et al, 1998; Dougherty et al, 1998; Tallal, 1996; Zatorre, 2000). Je résumerai ces données (qui appuient un de ces modèles ou encore qui en remettent un en question) et les critiquerai brièvement.

Ensuite je vais parler de ce qu'implique un apprentissage (développement d'une nouvelle habileté) au niveau des aires cérébrales (plusieurs aires cérébrales sont impliquées dans le développement d'une habileté, certaines seraient plus essentielles que d'autres., Whitaker, 1983) et de l'organisation modulaire (du rôle d'une aire corticale spécifique en rapport à la perception, à la discrimination, aux divers types mémoire et aux nouveaux apprentissages, Fuster, 1995; Kandel et Schwartz, 1985).

Puis je vais parler plus particulièrement des apprentissages spécifiques à la base de l'apprentissage de la lecture, tels : 1. L'apprentissage (de l'importance - attention) de la discrimination visuelle fine (et sa contradiction avec les apprentissages visuels dominants en préscolaire), 2. L'apprentissage (de l?importance) de la séquentialité visuelle (de gauche à droite), et 3. Le développement de la conscience phonologique : " l'accès conscient au niveau phonémique de la parole et l'habileté à manipuler cognitivement des représentations à ce niveau (mémoire de travail phonologique pour opérations d'assemblage, de segmentation, de séquentialisation?)" et des structures cérébrales impliquées dans ces divers apprentissages.

Les données de recherche qui permettent la compréhension de la DD et de ses causes sont d'abord celles qui ont démontré que la DD est un trouble d'origine neurologique (Galaburda et al, 1978, 1985), que les anomalies cérébrales (anatomiques-fonctionnelles) sont présentes dès la naissance (Leppanen et al, 1999) et qu'il y a un facteur génétique important (De-Fries, 1991; Byring et al, 1984). Les données de la cytoarchitectomie sont quant à moi les plus importantes à considérer pour concevoir la DD (se représenter la DD au niveau cérébral), pour comprendre les données des diverses recherches. Ainsi, on a obtenu desdifférences significatives entre les enfants avec DD et les contrôles pour plusieurs performances neuropsychologiques, sur plusieurs données anatomiques et fonctionnelles, dont certaines rendent probablement compte de la dyslexie et d'autres probablement pas. Les données de la cytoarchitectomie nous aident aussi à comprendre la chronicité de ce déficit ainsi que les différences individuelles dans la DD.

La DD est secondaire aux foyers d'anomalies corticales (dysplasies-ectopies) lorsque ces derniers touchent des aires nécessairement impliquées dans les nouveaux apprentissages à la base de l'apprentissage de la lecture. La nature et la sévérité de la DD serait fonction : 1. De la quantité de ces foyers dans les aires corticales critiques (essentielles ou collaboratrices dans l'apprentissage de la lecture) et 2. De la sévérité (gradient d?anomalie) de ces dysplasies. Ces deux facteurs rendraient compte des différences individuelles et des types de DD qu'on a pu identifier (DD avec ou sans trouble de langage, DD plutôt " phonologique ", plutôt " visuelles ").